La question de savoir si une souffrance émotionnelle relève d’une hypersensibilité ou d’un traumatisme psychologique est fréquemment rencontrée dans la pratique clinique. De nombreuses personnes décrivent un rapport particulièrement intense à leurs émotions : elles peuvent se sentir facilement submergées par certaines situations, ressentir fortement les tensions relationnelles ou encore éprouver une grande difficulté à se détacher de certaines expériences du quotidien. Ces vécus s’accompagnent souvent d’une impression de fragilité émotionnelle, d’une anxiété persistante ou d’une forte réactivité face aux événements de la vie. Dans ce contexte, il n’est pas rare que les personnes s’interrogent sur la nature de leur fonctionnement psychique. Certaines se demandent si leur sensibilité émotionnelle fait simplement partie de leur personnalité ou si elle pourrait être liée à des expériences difficiles vécues dans le passé. Cette interrogation peut émerger à différents moments de la vie : à la suite d’une période de stress, d’un événement marquant, d’une difficulté relationnelle répétée ou encore lors d’une démarche de réflexion personnelle ou thérapeutique. Elle reflète souvent un besoin de comprendre ce qui se joue dans l’expérience subjective et d’identifier l’origine des réactions émotionnelles ressenties. Cette confusion entre hypersensibilité et traumatisme est compréhensible. Dans la vie quotidienne, les manifestations observables peuvent parfois sembler similaires : anxiété, sentiment d’insécurité, hypervigilance, réactions émotionnelles intenses ou difficulté à réguler certaines émotions. Une personne peut avoir l’impression de réagir de manière disproportionnée à certaines situations ou de se sentir affectée plus durablement que les autres par des événements qui, en apparence, paraissent ordinaires. Ces expériences peuvent alors susciter un sentiment d’incompréhension, voire l’impression de ne pas fonctionner « comme les autres ». Cependant, si certaines manifestations peuvent se ressembler, les processus psychologiques sous-jacents ne sont pas nécessairement les mêmes. La sensibilité émotionnelle fait partie de la diversité des fonctionnements humains. Chaque individu possède une manière singulière de percevoir les stimuli émotionnels, de les interpréter et d’y réagir. Certaines personnes disposent d’une réactivité affective plus marquée, ce qui peut influencer leur manière de vivre les relations, les conflits ou les situations stressantes. Dans ce cas, la sensibilité constitue souvent une caractéristique relativement stable du fonctionnement psychique.
À l’inverse, certaines réactions émotionnelles trouvent leur origine dans des expériences qui ont dépassé les capacités habituelles d’adaptation du psychisme. Lorsqu’une personne est confrontée à une situation vécue comme particulièrement menaçante, déstabilisante ou envahissante, cette expérience peut laisser une trace durable dans la mémoire émotionnelle et dans les mécanismes de régulation psychique. Les réactions émotionnelles observées dans le présent peuvent alors être influencées par ces expériences passées, même lorsque la personne n’en a pas toujours conscience. Comprendre cette distinction représente un enjeu important, car elle permet de mieux saisir la nature des difficultés psychologiques rencontrées. Elle aide également à orienter la réflexion clinique et, le cas échéant, à envisager un accompagnement thérapeutique adapté. Dans certains cas, il s’agit principalement d’apprendre à mieux réguler une sensibilité émotionnelle naturellement élevée. Dans d’autres situations, le travail thérapeutique vise plutôt à comprendre et à intégrer des expériences passées qui continuent d’influencer les réactions émotionnelles actuelles. Cette exploration s’inscrit dans une démarche plus large de compréhension du fonctionnement psychique. Les émotions, les réactions relationnelles et les modes de régulation affective sont envisagés comme le résultat d’une histoire personnelle faite d’expériences, d’interactions et de représentations internes. L’analyse de ces éléments permet progressivement de mettre en lumière la manière dont certains événements viennent s’inscrire dans la vie psychique et influencent la manière dont une personne perçoit le monde, les autres et elle-même. Ainsi, distinguer hypersensibilité et traumatisme ne consiste pas simplement à poser une étiquette diagnostique. Il s’agit plutôt de mieux comprendre les processus psychologiques à l’œuvre afin d’accompagner la personne vers une relation plus apaisée avec ses émotions et son histoire personnelle.
1. Comprendre l’hypersensibilité
Le terme d’« hypersensibilité » est aujourd’hui largement utilisé dans le langage courant pour décrire une sensibilité émotionnelle particulièrement intense. De nombreuses personnes se reconnaissent dans cette notion lorsqu’elles éprouvent des émotions fortes, une grande réactivité au stress ou encore une sensibilité marquée aux ambiances et aux relations interpersonnelles. Elles peuvent avoir le sentiment d’être plus affectées que les autres par certaines situations, ou de percevoir avec une grande acuité les émotions présentes dans leur environnement. Cependant, du point de vue scientifique et clinique, la notion d’hypersensibilité ne correspond pas à un concept diagnostique clairement établi dans les classifications internationales des troubles psychiques. Elle ne constitue pas un trouble psychologique identifié en tant que tel et son statut théorique reste discuté dans la littérature. Dans la pratique clinique, ce terme est donc souvent utilisé de manière descriptive pour exprimer un ressenti subjectif plutôt que pour désigner un fonctionnement psychologique précisément défini.
Pour autant, le fait que cette notion ne possède pas de validité diagnostique stricte ne signifie pas que l’expérience décrite par les patients soit dénuée de réalité. Lorsque des personnes parlent d’hypersensibilité, elles cherchent généralement à mettre des mots sur une expérience intérieure faite d’intensité émotionnelle, de réactivité accrue aux stimulations ou de sensibilité particulière aux relations humaines. Ce terme peut ainsi refléter la manière dont un individu perçoit et comprend son propre fonctionnement psychique. Dans certains cas, l’utilisation du mot « hypersensibilité » peut également traduire une tentative de donner du sens à des réactions émotionnelles difficiles à comprendre. Une personne peut se décrire comme hypersensible lorsqu’elle se sent facilement submergée par certaines émotions, lorsqu’elle éprouve des difficultés à réguler son anxiété ou lorsqu’elle se sent particulièrement affectée par certaines interactions sociales. Le terme devient alors une manière d’exprimer un vécu subjectif, même si les mécanismes psychologiques sous-jacents peuvent être variés.
Il arrive également que la notion d’hypersensibilité soit utilisée par confusion pour désigner d’autres phénomènes psychologiques. Certaines réactions émotionnelles intenses peuvent par exemple être liées à des expériences de stress prolongé, à des difficultés de régulation émotionnelle ou encore à des expériences relationnelles marquantes. Dans ces situations, le terme « hypersensible » peut apparaître comme une explication simple pour décrire une souffrance psychique plus complexe. Malgré ces limites conceptuelles, le mot hypersensibilité conserve une utilité dans le cadre clinique, car il permet d’accueillir et de reconnaître le vécu des patients. Lorsqu’une personne se décrit comme hypersensible, il ne s’agit pas nécessairement de confirmer l’existence d’une catégorie psychologique spécifique, mais plutôt de comprendre ce que cette expression signifie pour elle. Elle peut renvoyer à une perception particulière du monde émotionnel, à une manière singulière de vivre les relations ou à une difficulté à réguler certaines expériences affectives. Dans cette perspective, l’enjeu du travail clinique n’est pas de valider ou d’invalider l’étiquette d’hypersensibilité, mais d’explorer les expériences émotionnelles et relationnelles qui se cachent derrière ce terme. Cette exploration permet souvent de mieux comprendre l’histoire personnelle, les mécanismes de régulation émotionnelle et les événements de vie qui ont pu influencer le fonctionnement psychique actuel.
Ainsi, l’hypersensibilité peut être envisagée moins comme une catégorie psychologique précise que comme une manière pour certaines personnes de décrire leur expérience émotionnelle. Comprendre ce que recouvre ce terme dans chaque situation individuelle constitue une étape importante pour mieux saisir la nature des difficultés rencontrées et orienter la réflexion clinique.
2. Le traumatisme psychologique
Le traumatisme psychologique se distingue de l’hypersensibilité par son origine et par les mécanismes psychiques qui le sous-tendent. Il apparaît lorsqu’une personne est confrontée à une expérience vécue comme menaçante, violente ou profondément déstabilisante, c’est-à-dire une situation qui dépasse ses capacités habituelles d’adaptation et d’intégration psychique. Dans ces circonstances, l’événement ne peut pas être élaboré et intégré de manière normale dans l’histoire personnelle de l’individu. L’expérience reste alors en quelque sorte « non digérée » par le psychisme et continue d’exercer une influence sur le fonctionnement émotionnel et relationnel de la personne. Le traumatisme ne se définit donc pas uniquement par la nature objective de l’événement vécu, mais aussi par la manière dont celui-ci est ressenti et traité par l’appareil psychique. Une situation peut être vécue comme traumatique lorsqu’elle provoque un sentiment intense d’impuissance, de peur ou de perte de contrôle, et lorsque les ressources psychologiques disponibles ne permettent pas de donner du sens à l’expérience ou de la symboliser. Dans ces situations, le psychisme peut rester mobilisé dans un état d’alerte prolongé. Les systèmes neurobiologiques impliqués dans la détection du danger et la réponse au stress peuvent continuer à fonctionner comme si la menace était toujours présente, même lorsque l’événement appartient désormais au passé. L’organisme demeure alors dans une forme de vigilance accrue destinée à prévenir la répétition du danger. Cette activation persistante du système d’alerte peut se traduire par différents symptômes : anxiété intense, hypervigilance, réactions de sursaut, troubles du sommeil ou difficulté à se détendre. La personne peut également éprouver un sentiment diffus d’insécurité ou de menace permanente, sans toujours pouvoir identifier précisément l’origine de ce malaise. Dans certains cas, cette mobilisation constante des systèmes d’alerte psychiques et physiologiques entraîne un état de tension chronique qui affecte le fonctionnement émotionnel, cognitif et relationnel.
Les expériences traumatiques peuvent prendre des formes très diverses. Certaines correspondent à des événements ponctuels particulièrement violents, tels que les accidents graves, les agressions, les catastrophes ou certaines expériences médicales menaçantes. Dans d’autres situations, le traumatisme résulte d’expériences répétées d’insécurité, de négligence ou de maltraitance dans l’environnement familial ou relationnel. Ces expériences répétées peuvent progressivement fragiliser les capacités d’adaptation du psychisme et perturber les processus de régulation émotionnelle. Dans ces contextes, le traumatisme ne se limite pas à un événement unique mais s’inscrit dans une histoire relationnelle marquée par l’insécurité ou l’imprévisibilité. Le psychisme peut alors rencontrer des difficultés à organiser les souvenirs traumatiques dans une continuité narrative cohérente. Les expériences vécues peuvent rester fragmentées, associées à des sensations corporelles, à des images ou à des émotions intenses qui ne s’intègrent pas facilement dans le récit autobiographique. L’anxiété peut être comprise comme une réponse de signal face à une menace perçue. Cette fonction d’alerte joue normalement un rôle adaptatif : elle permet à l’individu de mobiliser ses ressources face au danger et d’orienter son comportement vers la protection ou l’évitement. Cependant, lorsque cette fonction de signal devient excessive, persistante ou disproportionnée, elle peut perturber les capacités d’adaptation et envahir le fonctionnement psychique (Dyrud, 1972/2015). Dans le cas du traumatisme, le système d’alerte psychique semble rester activé même en l’absence de danger réel. Le passé continue alors d’influencer la perception du présent, et certaines situations ordinaires peuvent être interprétées comme menaçantes en raison de leur ressemblance, consciente ou inconsciente, avec l’expérience traumatique initiale. Le traumatisme correspond ainsi à une expérience qui continue de modeler les réactions émotionnelles, les attentes relationnelles et la perception du monde longtemps après la disparition de l’événement qui en est à l’origine.
Certaines manifestations cliniques sont particulièrement caractéristiques des expériences traumatiques. Les souvenirs liés à l’événement peuvent apparaître de manière intrusive, sous forme d’images, de pensées ou de sensations corporelles qui surgissent involontairement dans la conscience. Ces réminiscences peuvent être accompagnées d’une forte charge émotionnelle, comme si l’événement était en train de se reproduire dans le présent. Certaines situations, certains lieux ou certaines interactions peuvent également déclencher des réactions émotionnelles particulièrement intenses parce qu’ils évoquent, parfois de manière très indirecte, l’expérience traumatique initiale. Ces réactions peuvent surprendre la personne elle-même, qui ne comprend pas toujours pourquoi certaines situations provoquent une telle intensité émotionnelle. Afin de se protéger de ces expériences douloureuses, la personne peut développer différentes stratégies d’évitement. Elle peut chercher à éviter les lieux, les situations ou les relations qui rappellent le traumatisme, ou encore tenter de contrôler ses émotions en se tenant à distance de certaines expériences affectives. Si ces stratégies peuvent apporter un soulagement temporaire, elles peuvent également limiter progressivement la liberté d’action et les possibilités d’adaptation. Le traumatisme psychologique se manifeste ainsi non seulement par des souvenirs douloureux du passé, mais aussi par des modifications durables dans la manière dont la personne perçoit le monde, régule ses émotions et entre en relation avec les autres.
3. Différencier hypersensibilité et traumatisme
La distinction entre hypersensibilité et traumatisme repose principalement sur l’origine, la dynamique et la fonction des réactions émotionnelles observées. Dans le cas de l’hypersensibilité, les réactions émotionnelles intenses font généralement partie du mode de fonctionnement habituel de la personne. Cette sensibilité est souvent décrite comme présente depuis longtemps dans la vie de l’individu et s’exprime dans différents contextes : relations interpersonnelles, réactions aux critiques, sensibilité aux ambiances ou aux stimulations émotionnelles. Elle correspond davantage à une manière particulière de percevoir et de traiter les informations émotionnelles qu’à la conséquence directe d’un événement spécifique.
À l’inverse, dans le traumatisme psychologique, les modifications du fonctionnement émotionnel apparaissent souvent à la suite d’un événement ou d’une période particulière de la vie. La personne peut alors avoir le sentiment d’avoir changé ou de ne plus réagir de la même manière qu’auparavant. Certaines situations déclenchent des réactions émotionnelles intenses, parfois difficiles à comprendre ou à contrôler, car elles sont liées à des expériences passées qui continuent d’influencer le fonctionnement psychique. Le présent peut alors être perçu à travers le prisme de ces expériences antérieures, ce qui modifie la manière dont la personne interprète certaines situations relationnelles ou environnementales. Une autre différence importante concerne la nature et la cohérence des réactions émotionnelles. Dans l’hypersensibilité, les émotions sont généralement en lien direct avec la situation actuelle. Même si elles peuvent être ressenties avec une grande intensité, elles restent compréhensibles au regard du contexte présent. La personne peut par exemple être très touchée par une remarque critique, par un conflit relationnel ou par une situation de stress, mais l’émotion reste proportionnelle à l’expérience vécue. Dans le traumatisme, en revanche, certaines réactions émotionnelles peuvent sembler disproportionnées ou difficiles à expliquer. Des situations apparemment anodines peuvent déclencher une anxiété intense, une réaction de panique ou un sentiment de menace, car elles réactivent des réseaux de mémoire liés à l’expérience traumatique.
Cette distinction est également visible dans la temporalité des réactions émotionnelles. Dans l’hypersensibilité, l’intensité émotionnelle est généralement transitoire et fluctue en fonction des situations rencontrées. Les émotions peuvent être fortes, mais elles s’apaisent progressivement lorsque la situation se résout ou lorsque la personne parvient à prendre de la distance. Dans le traumatisme, les réactions émotionnelles peuvent persister plus longtemps et s’accompagner d’un sentiment de perte de contrôle ou d’impuissance face aux réactions internes. Certaines expériences du présent peuvent ainsi réactiver des souvenirs, des sensations corporelles ou des émotions liées au passé. Dans la pratique clinique, il est fréquent que ces deux dimensions soient confondues. Des personnes qui présentent des réactions émotionnelles intenses peuvent se décrire comme hypersensibles, alors que certaines de leurs réactions peuvent en réalité être liées à des expériences traumatiques non intégrées. À l’inverse, certaines personnes possèdent effectivement une sensibilité émotionnelle élevée qui ne résulte pas d’un traumatisme particulier. Cette confusion peut être renforcée par la popularisation du terme « hypersensibilité » dans les médias et dans les discours psychologiques contemporains, où il est parfois utilisé pour décrire des expériences émotionnelles très diverses.
Pour cette raison, la compréhension du fonctionnement psychique nécessite souvent une exploration plus approfondie de l’histoire personnelle, des expériences relationnelles et des événements marquants de la vie de la personne. Cette exploration permet d’identifier les contextes dans lesquels certaines réactions émotionnelles apparaissent, les significations qu’elles prennent pour l’individu et les expériences qui ont pu contribuer à leur développement. Le travail clinique ne consiste pas uniquement à déterminer si une personne est hypersensible ou traumatisée, mais plutôt à comprendre la manière dont ses expériences passées et présentes influencent sa vie émotionnelle. La psychothérapie s’intéresse aux expériences relationnelles précoces, aux mécanismes de défense et aux représentations inconscientes qui organisent le fonctionnement psychique. Le cadre thérapeutique offre un espace sécurisé dans lequel la personne peut progressivement mettre en mots ses expériences, comprendre ses réactions émotionnelles et élaborer les événements qui ont pu marquer son histoire. L’alliance thérapeutique joue dans ce processus un rôle essentiel, car elle constitue le support relationnel permettant d’explorer des expériences parfois difficiles à aborder (Gabbard, 2004/2010).
Dans cette perspective, la distinction entre hypersensibilité et traumatisme ne doit pas être envisagée de manière rigide. Les expériences émotionnelles humaines sont complexes et résultent souvent de l’interaction entre différents facteurs : tempérament individuel, histoire relationnelle, événements de vie et capacités de régulation émotionnelle. Comprendre ces différentes dimensions permet d’apporter un éclairage plus nuancé sur les difficultés rencontrées et d’orienter le travail thérapeutique vers les processus psychiques qui méritent d’être explorés.
4. Quand consulter ?
La consultation psychologique devient pertinente lorsque la sensibilité émotionnelle, quelle qu’en soit l’origine, entraîne une souffrance importante ou interfère de manière significative avec la vie quotidienne. Certaines personnes peuvent éprouver une anxiété persistante, un sentiment d’insécurité émotionnelle ou encore des réactions affectives particulièrement intenses qui rendent certaines situations difficiles à vivre. D’autres décrivent des difficultés relationnelles répétées, des conflits fréquents ou une tendance à se sentir facilement submergées par leurs émotions. Lorsque ces expériences deviennent envahissantes ou limitent la capacité de la personne à fonctionner sereinement dans sa vie personnelle, familiale ou professionnelle, il peut être utile de solliciter un accompagnement psychologique. La demande de consultation émerge souvent lorsque les stratégies habituelles d’adaptation ne suffisent plus à réguler les émotions ou à donner du sens à certaines expériences. Certaines personnes peuvent avoir le sentiment de revivre les mêmes difficultés dans leurs relations, de se sentir particulièrement vulnérables face aux critiques ou aux tensions, ou encore d’éprouver des réactions émotionnelles qu’elles ont du mal à comprendre. Dans ces situations, la psychothérapie offre un espace structuré permettant de prendre du recul sur son expérience et d’explorer les facteurs psychologiques qui influencent ces réactions.
Le cadre thérapeutique constitue un lieu sécurisé dans lequel la personne peut progressivement mettre en mots son vécu émotionnel et réfléchir à son fonctionnement psychique. Le travail thérapeutique permet d’explorer différents aspects de l’expérience subjective : les événements de vie marquants, les expériences relationnelles passées, les représentations de soi et des autres, ainsi que les mécanismes psychiques qui participent à la régulation des émotions. Cette exploration vise à mieux comprendre comment certaines expériences ont pu influencer les réactions actuelles et comment les difficultés présentes s’inscrivent dans l’histoire personnelle de l’individu. L’un des objectifs centraux du travail thérapeutique consiste notamment à développer la capacité de mentalisation, c’est-à-dire la capacité à identifier, comprendre et interpréter ses propres états mentaux ainsi que ceux des autres. La mentalisation permet de mieux saisir les liens entre les pensées, les émotions et les comportements, et favorise une compréhension plus nuancée des interactions relationnelles. En renforçant cette capacité, la personne peut progressivement apprendre à reconnaître ses émotions, à les différencier et à leur donner du sens plutôt que de les vivre comme des expériences envahissantes ou incontrôlables. Ce processus contribue également à améliorer la régulation émotionnelle et la qualité des relations interpersonnelles (Cabaniss, Cherry, Douglas, & Schwartz, 2017/2022).
La psychothérapie ne vise pas à supprimer la sensibilité émotionnelle ni à transformer radicalement la personnalité d’un individu. L’objectif n’est pas d’éliminer les émotions ou de rendre la personne moins sensible, mais plutôt de favoriser une meilleure compréhension de son fonctionnement psychique et de ses réactions émotionnelles. Le travail thérapeutique permet ainsi d’identifier les expériences ou les dynamiques relationnelles qui ont pu fragiliser l’équilibre psychique et d’élaborer progressivement de nouvelles manières de faire face aux situations difficiles. Au fil du processus thérapeutique, la personne peut développer des ressources psychiques qui lui permettent de mieux réguler ses émotions, de prendre davantage de distance face à certaines situations et de construire des relations plus sécurisantes. La thérapie offre ainsi un espace de transformation où les expériences émotionnelles peuvent être progressivement intégrées dans une compréhension plus cohérente de soi-même et de son histoire personnelle. Cette démarche contribue à renforcer le sentiment de sécurité intérieure et à restaurer les capacités d’adaptation face aux défis émotionnels et relationnels de la vie quotidienne.
Pour Conclure …
La distinction entre hypersensibilité et traumatisme ne doit pas être envisagée de manière rigide ou simplifiée. Dans la réalité clinique, les expériences émotionnelles humaines sont souvent complexes et résultent de l’interaction entre plusieurs facteurs : la sensibilité individuelle, l’histoire personnelle, les expériences relationnelles et les événements marquants de la vie. Une personne qui se décrit comme particulièrement sensible peut effectivement présenter une réactivité émotionnelle plus marquée que la moyenne, mais cette sensibilité peut également être influencée par certaines expériences passées qui ont laissé une trace durable dans le fonctionnement psychique. De la même manière, une expérience traumatique peut accentuer une sensibilité émotionnelle déjà présente ou modifier la manière dont une personne perçoit les situations relationnelles et les environnements sociaux.
Dans la pratique clinique, l’enjeu n’est donc pas tant de déterminer de manière catégorique si une personne est « hypersensible » ou « traumatisée », mais plutôt de comprendre comment ses expériences de vie ont contribué à façonner son fonctionnement émotionnel actuel. Cette compréhension nécessite souvent une exploration progressive de l’histoire personnelle, des relations significatives et des situations qui déclenchent certaines réactions émotionnelles. Ce travail d’exploration permet de mieux identifier les mécanismes psychiques en jeu et de mettre en lumière les expériences qui continuent d’influencer la manière dont la personne se perçoit elle-même, perçoit les autres et interprète certaines situations du présent. Le travail thérapeutique vise alors à restaurer un sentiment de sécurité intérieure et à renforcer les capacités d’adaptation psychique. À travers le cadre sécurisant de la relation thérapeutique, la personne peut progressivement explorer ses émotions, ses souvenirs et ses expériences relationnelles dans un environnement contenant et soutenant. Cette démarche permet d’élaborer des expériences qui étaient parfois restées difficiles à comprendre ou à intégrer, et de transformer progressivement certaines réactions émotionnelles qui semblaient auparavant incontrôlables ou envahissantes.
Au fil du processus thérapeutique, la personne peut développer une meilleure compréhension de son fonctionnement psychique et acquérir de nouvelles capacités de régulation émotionnelle. Les expériences passées peuvent être progressivement intégrées dans une narration plus cohérente de l’histoire personnelle, ce qui contribue à réduire leur impact sur le présent. Le travail thérapeutique ne consiste pas à effacer les expériences douloureuses ni à transformer radicalement la sensibilité émotionnelle, mais plutôt à permettre à la personne de construire une relation plus apaisée avec son monde intérieur. Avec le temps, certaines personnes découvrent que leur sensibilité émotionnelle, initialement vécue comme une fragilité, peut également devenir une ressource. Une meilleure compréhension de soi-même peut favoriser une plus grande capacité d’empathie, une attention plus fine aux dynamiques relationnelles et une manière plus authentique d’entrer en relation avec les autres. Lorsque les expériences difficiles ont pu être élaborées et intégrées, la sensibilité émotionnelle peut ainsi devenir un élément du fonctionnement psychique qui enrichit la compréhension de soi et du monde relationnel plutôt qu’une source permanente de vulnérabilité.
Bibliographie
Aron, E. N. (1996). The highly sensitive person. New York: Broadway Books.
Cabaniss, D. L., Cherry, S., Douglas, C. J., & Schwartz, A. R. (2022). Psychothérapie psychodynamique : Manuel clinique étape par étape. Louvain-la-Neuve : De Boeck Supérieur.
Dyrud, J. E. (2015). Psychotherapy with patients with anxiety reactions. In M. Hammer (Ed.), The theory and practice of psychotherapy with specific disorders. International Psychotherapy Institute.
Freud, S. (1926). Inhibition, symptôme et angoisse. Paris : Presses Universitaires de France.
Gabbard, G. O. (2010). Psychothérapie psychodynamique : Les concepts fondamentaux. Paris : Elsevier Masson.
Van der Kolk, B. (2014). The body keeps the score: Brain, mind, and body in the healing of trauma. New York: Viking.


