Couple · 31 mai 2023

Désir d'enfant : ce qui se joue chez la femme et dans le couple

Le désir d'enfant se construit peu à peu : il ne relève ni d'un instinct lié à un âge précis ni d'une obligation pour les femmes. Il prend forme avec l'histoire personnelle, une rencontre et une période de vie. On peut le ressentir nettement aujourd'hui, puis ne plus bien le reconnaître demain. Certaines l'éprouvent depuis toujours, d'autres le découvrent plus tard. Pour d'autres encore, l'incertitude est ce qui inquiète le plus.

Ces pages vous sont destinées si vous questionnez cette envie d'un enfant, si vous êtes partagée, si votre partenaire suit un autre rythme ou si l'attente dure. Aucun conseil médical n'y est donné : la fertilité est à aborder avec votre médecin ou votre gynécologue. Le regard reste psychologique : comprendre ce qui se vit en vous, mais aussi entre vous.

D'où vient le désir d'enfant ?

Le désir d'enfant a plusieurs origines : l'histoire de chacune, les liens entre générations, le couple et les attentes sociales. Même si vouloir un enfant paraît évident, on en découvre souvent les raisons en prenant du temps pour y réfléchir. Chaque femme a d'abord été petite fille, avec sa mère, son père, sa place parmi ses frères et sœurs, des souvenirs agréables ou pénibles. Envisager une naissance fait resurgir cette histoire : on souhaite transmettre ce qui a été reçu, combler d'anciens manques ou agir autrement.

À cette histoire s'ajoute celle des générations précédentes. Monique Bydlowski, psychanalyste, a montré que devenir mère ravive la relation avec sa propre mère, mais aussi ce qu'on doit aux générations passées. Elle décrit une « dette de vie » : on tient la vie de ses parents, puis le projet d'enfant poursuit ce passage entre générations. Ainsi, même lorsqu'on fait un choix personnel, l'histoire familiale reste présente.

Dans le couple, l'envie peut aussi prolonger l'amour, traduire un souhait partagé ou le besoin de construire ensemble. Elle est quelquefois plus forte chez un partenaire ; cet écart ne pose pas nécessairement problème si l'on peut en parler. Puis s'ajoutent les sollicitations sociales : un proche demande « Alors, un bébé bientôt ? », des amies deviennent mères, les discours sur l'horloge biologique se multiplient. Sans créer cette envie, ces pressions exercent pourtant une influence sur elle.

Bydlowski distingue par ailleurs le désir de grossesse du désir d'enfant. Le désir de grossesse touche à l'expérience corporelle : porter un bébé, sentir son corps plein, s'assurer qu'on est capable de concevoir. L'autre envie concerne une personne à venir et une relation qui se poursuivra pendant des années. Ces deux élans se rejoignent souvent, sans être toujours liés. Certaines femmes se rêvent enceintes sans réussir à se représenter le quotidien avec un tout-petit ; d'autres souhaitent ardemment devenir mères tout en craignant la grossesse. Comprendre lequel prend le dessus permet parfois de mieux cerner une difficulté.

L'ambivalence : vouloir et craindre à la fois

L'ambivalence, c'est désirer un enfant tout en craignant sa venue : en psychologie, ce mot désigne la présence de sentiments contraires. On croit parfois qu'un désir de maternité sincère devrait être dépourvu de doute. Pourtant, presque toute femme envisageant une grossesse connaît, à certains moments, cette envie mêlée de peur et cet élan accompagné de retenue.

Cette ambivalence n'a rien d'anormal devant un changement aussi grand. Devenir mère modifie le corps et l'emploi du temps, mais aussi le travail, les liens amoureux et la manière de se voir. Hésiter devant ces changements n'a donc rien d'étonnant. On peut redouter de manquer de liberté, de ne pas être capable, ou de fragiliser son couple. D'autres peurs touchent à ce qu'on pourrait revivre de son enfance ou aux ambitions qu'il faudrait en partie abandonner. Reconnaître ces craintes ne signifie pas contester son projet ; cela aide souvent à s'y engager plus pleinement.

L'ambivalence devient pesante lorsqu'elle empêche d'avancer ou suscite de la honte. On peut alors différer sans fin son choix, ou se juger parce qu'on ne ressent pas la joie attendue. Une histoire douloureuse peut aussi accentuer ce poids : avoir connu la violence ou avoir été négligée durant l'enfance, par exemple. Avoir perdu une grossesse, traverser un deuil récent ou souffrir d'un trouble alimentaire rendant les changements corporels angoissants peut également l'alourdir. Ce qui fait souffrir n'est alors pas le doute lui-même, mais ce qu'il réveille. Pouvoir en parler sans être jugée aide souvent à séparer ce qui se joue aujourd'hui de ce qui renvoie à d'autres moments.

Quand les deux partenaires n'en sont pas au même point

L'envie d'un enfant ne prend pas toujours forme au même moment chez les deux partenaires : ce décalage est fréquent. L'une souhaite devenir mère tout de suite ; l'autre hésite, répond « pas encore » ou demande d'attendre. Une tension discrète peut naître, avec l'impression, pour chacun, de devoir suivre le rythme de l'autre. La femme peut ressentir l'urgence du temps, son partenaire la pression d'un engagement qu'il ne reconnaît pas encore comme le sien.

La tentation de l'ultimatum apparaît alors : « Un enfant cette année, sinon je te quitte. » Poser une limite est parfois nécessaire, et savoir ce qu'on souhaite pour sa vie est légitime. Mais lorsqu'il est lancé avec colère, l'ultimatum ferme davantage le dialogue qu'il ne permet de discuter. Il est souvent plus utile de comprendre ce qui retient l'autre : des soucis d'argent, un souvenir familial, la crainte d'un couple fragile ou de ne pas savoir être parent. Chez l'homme, ces remous sont parfois très intenses ; l'article consacré à la couvade et le futur père évoque ce que l'idée de devenir père peut réveiller.

Exprimer son souhait sans accuser et entendre les réserves sans y voir un rejet sont des gestes simples qui améliorent beaucoup l'échange. Se laisser un délai réaliste plutôt que fixer une échéance sans appel y contribue aussi. Si les discussions n'avancent plus ou deviennent des reproches, une personne extérieure peut apporter un appui. La thérapie de couple offre un cadre où chacun peut exprimer ses souhaits et ses craintes, sans donner à l'autre le sentiment qu'il doit céder.

Quand l'enfant tarde à venir

Quand la grossesse se fait attendre, le projet d'enfant peut devenir une épreuve pour bien des couples. Les mois se succèdent et chaque retour des règles ramène sa déception. L'élan joyeux du départ laisse place à une préoccupation qui occupe les pensées. Une amie annonce sa grossesse, ou bien une sœur : on voudrait partager sa joie, mais une douleur surgit, qu'on n'ose pas dire.

Avec un parcours médical viennent d'autres épreuves. Passer des examens, recevoir des traitements, attendre les résultats ou connaître un nouvel échec éprouve le corps et le moral. Les décisions médicales relèvent de l'équipe soignante ; je ne me prononce pas sur ces questions. Autour des soins, on retrouve la fatigue et le sentiment d'une vie mise entre parenthèses. On peut aussi en vouloir à son corps, se sentir coupable ou, parfois, isolé devant les maladresses des proches. Les partenaires ne traversent pas forcément cette période de façon semblable, ce qui peut laisser chacun seul malgré la vie à deux.

Pendant une PMA, l'accompagnement psychologique n'a pas pour but de « débloquer » la situation. Dire que l'infertilité se situe « dans la tête » serait faux et ferait du mal. On peut y déposer ce qu'on vit et traverser le deuil lié à chaque tentative infructueuse. Cet espace permet aussi de préserver la relation, sans la réduire au projet d'enfant, et de réfléchir aux choix possibles quand le moment vient. Un suivi extérieur peut compléter cet accompagnement si l'on souhaite disposer d'un espace séparé de celui des soins.

Quand le désir ne vient pas

L'envie d'un enfant peut être absente, ou simplement ne pas être encore là. Ce choix ou ce manque d'élan a autant de légitimité que le désir. En séance, cela peut se dire sans rien avoir à corriger.

Consulter un psychologue, seule ou en couple

Consulter ne suppose pas d'être en souffrance : on peut aussi chercher à éclaircir ce que l'on ressent. Beaucoup de femmes souhaitent comprendre pourquoi elles hésitent, distinguer une envie personnelle des attentes de l'entourage ou dire combien l'attente les fatigue. Pour d'autres, envisager de devenir mère réveille des éléments du passé, ou suscite des tensions entre partenaires.

Je m'appuie sur une approche intégrative, nourrie par la psychodynamique et la pensée systémique. La première s'intéresse à ce que l'histoire personnelle peut faire revivre ; la seconde envisage la famille et le couple comme un tout. Croiser ces regards convient à ces questions, où ce qui est intime reste étroitement lié aux relations.

Les séances peuvent se faire seule, ou avec son partenaire lorsque tous deux sont concernés. Je reçois principalement en téléconsultation ou au téléphone : cela évite les déplacements, même lorsqu'un parcours médical prend beaucoup de place. Je ne promets aucun résultat ; je propose un espace pour réfléchir à ce qui arrive.

Après la naissance, de nouvelles interrogations peuvent apparaître. Pour les parents, l'article consacré à l'accompagnement à la parentalité présente le soutien proposé à cette étape. Si la tristesse dure après une naissance, celui sur la dépression post-partum donne des repères pour en identifier les signes. Le premier contact reste libre, via la page contact, et les modalités figurent sur celle des tarifs et consultations.

Questions fréquentes

D'où vient le désir d'enfant ?

Le désir d’enfant prend forme dans le vécu avec ses parents, ce que les générations précédentes transmettent, le lien amoureux et l’environnement social. Ces influences se mêlent : ni l’instinct ni une norme ne suffisent à l’expliquer. Ce désir se transforme aussi selon les moments de l’existence.

Est-ce normal d'être ambivalente face à une grossesse ?

Oui, on peut vouloir un enfant et redouter les changements liés à sa venue. Aucun de ces sentiments n’efface l’autre. Cette ambivalence ne demande un travail que si elle empêche toute décision, s’accompagne d’une forte angoisse ou ravive un passé douloureux.

Que faire quand mon conjoint ne veut pas d'enfant maintenant ?

Commencez par éclaircir son « pas maintenant » : s'agit-il d'une peur, d'un doute, de difficultés matérielles ou de souvenirs familiaux ? Dites votre envie sans menacer, puis cherchez ensemble un délai envisageable. Si le dialogue se bloque, vous pouvez envisager quelques séances à deux pour permettre à chacun d'être entendu.

Comment vivre l'attente quand l'enfant ne vient pas ?

On peut vivre cette attente en acceptant de ressentir sa déception, sans chercher à la cacher. Garder des moments à deux sans parler du projet et partager sa douleur peut aussi aider. Pour les questions médicales, votre médecin reste l’interlocuteur ; un psychologue peut apporter un soutien face à ce que cette attente fait vivre.

Faut-il consulter un psychologue pour un désir d'enfant ?

Consulter un psychologue n'est pas une obligation. Cela peut aider si l'hésitation devient douloureuse ou si les désaccords déchirent le couple. C'est aussi le cas lorsque le parcours médical épuise ou que ce projet ravive un passé difficile.

Pour aller plus loin : quelques lectures

Quelques lectures pour approfondir le sujet, si vous le souhaitez. Elles ne remplacent pas un échange avec un professionnel.

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