Anxiété · 5 octobre 2023

Angoisse de séparation chez l'adulte : quand la séparation fait peur

Encore méconnue, l'angoisse de séparation chez l'adulte désigne une peur qui peut rendre les départs des proches très éprouvants. Le conjoint part sur la route pour deux jours : toute la soirée, on redoute un accident. Lorsqu'un parent âgé reste injoignable, on imagine déjà une scène à l'hôpital. L'angoisse de séparation fait pourtant surtout penser aux pleurs d'un tout-petit devant la crèche.

Cette détresse peut aussi surgir à trente ans, à quarante ans ou à soixante ans, quand les proches s'éloignent. Ce n'est pas faire un caprice, ni manquer de maturité. La psychiatrie décrit cette peur, qui porte un nom et peut être soignée. Ces pages concernent autant celui qui en souffre que son conjoint ou un proche qui peine à comprendre sa réaction.

Qu'est-ce que l'angoisse de séparation ?

L'angoisse de séparation est une peur persistante de l'éloignement des proches, qui prend une place excessive. Elle peut concerner son partenaire comme son enfant, un parent ou parfois un ami auquel on est très attaché. Ce vécu dépasse la tristesse habituelle d'un départ. C'est une alarme disproportionnée face à la situation : elle s'apaise seulement lorsque le proche revient ou donne des nouvelles.

Auparavant, les classifications psychiatriques situaient ce trouble parmi ceux qui apparaissent pendant l'enfance. En 2013, le DSM-5, manuel de l'Association américaine de psychiatrie, a classé l'anxiété de séparation dans la catégorie des troubles anxieux. Un début avant dix-huit ans n'est plus nécessaire pour que ce trouble soit reconnu. Les critères décrivent aussi ses manifestations chez l'adulte, avec une durée généralement égale ou supérieure à six mois. On peut donc en souffrir adulte, même si cette peur n'était jamais apparue auparavant.

Une vaste enquête de Katherine Shear et de ses collègues, parue en 2006 aux États-Unis, soutenait déjà cette observation. La majorité des adultes touchés n'en avaient pas souffert enfants. Cette peur n'est donc pas toujours le prolongement d'une difficulté infantile.

Le terme « angoisse » reste toutefois plus large : il renvoie à un vécu que tout le monde peut connaître. Je développe cette question dans mon article consacré à l'angoisse et ce qu'elle dit de nous. Pour une peur de la séparation, seul l'échange avec un professionnel permet de déterminer s'il s'agit d'un trouble. Un questionnaire sur internet ne peut pas tenir lieu de cet échange.

Les signes de l'angoisse de séparation chez l'adulte

L'angoisse de séparation se manifeste le plus souvent par la crainte persistante qu'il arrive malheur à un proche. Un conjoint tarde : l'accident semble certain ; un enfant ne répond pas : on est convaincu qu'il a un problème. Un parent est malade : on se persuade qu'il mourra durant notre absence. On sait ces pensées peu probables, pourtant elles reviennent avec autant de force.

On éprouve aussi beaucoup de peine à laisser l'autre s'éloigner. L'appréhension commence plusieurs jours avant le départ et les adieux s'éternisent. Il arrive qu'on cherche à retenir l'autre, ou qu'on abandonne un voyage, une formation ou un poste exigeant de partir. Pour certains, rester seuls à domicile devient insupportable, même pour quelques heures.

La recherche de nouvelles se fait pressante. On écrit des messages, on demande un appel une fois l'autre arrivé, on consulte sa position partagée et on rappelle si rien ne vient. Les contacts apaisent un instant, puis la peur reprend. Dans le TOC de vérification, le doute concerne les gestes qu'on a soi-même faits : ce n'est pas la même vérification.

L'angoisse de séparation la nuit empêche souvent de trouver le sommeil en l'absence de l'autre, ou entraîne des réveils en sursaut. Les cauchemars reprennent les mêmes scènes : on perd quelqu'un, on le cherche sans succès, ou on se retrouve abandonné. Si ces rêves récurrents détériorent le repos, la lecture consacrée aux cauchemars à répétition peut éclairer ce qui revient. La séparation, même anticipée, peut aussi s'exprimer dans le corps : tête douloureuse, nausées, ventre noué, cœur qui s'emballe.

Un signe seul ne permet pas de conclure à un trouble. On regarde depuis combien de temps ces difficultés durent et à quel point elles sont fortes. Leur retentissement compte aussi : possibilités professionnelles réduites, liens amicaux négligés, tensions conjugales.

D'où vient cette peur ?

Il n'y a pas une seule explication à la peur de la séparation. On peut d'abord regarder du côté de l'attachement, c'est-à-dire des premiers liens avec les personnes qui s'occupaient de nous. Ces relations influencent ensuite notre façon de vivre la proximité et l'absence. Des départs impossibles à prévoir, un parent toujours inquiet face aux dangers, une hospitalisation ou un placement peuvent marquer cette histoire. Une maladie grave touchant la famille aussi : devenu adulte, on peut alors rester convaincu que s'éloigner annonce une catastrophe.

Les pertes vécues comptent elles aussi beaucoup. Après un deuil soudain, avoir perdu un parent très jeune ou un proche lors d'un accident, on peut craindre une nouvelle disparition. L'idée s'installe que les êtres aimés pourraient manquer sans aucun avertissement. Cette peur garde alors la trace d'une séparation réellement vécue.

Certains changements peuvent également fragiliser : l'arrivée d'un bébé, un départ pour vivre loin des siens, une séparation amoureuse ou la maladie. Quitter une relation dans laquelle on a vécu avec la peur peut aussi compter. Chez certains, une peur née dans l'enfance était devenue discrète, puis un changement la réveille. D'autres la découvrent sans qu'on repère de signe auparavant. Il ne s'agit donc pas de désigner un responsable, mais de chercher ce que cette peur vient exprimer.

L'angoisse de séparation dans le couple

L'angoisse de séparation pèse sur chacun des partenaires, même si tous deux la vivent différemment. Pour la personne inquiète, toute absence devient difficile à traverser, et elle se juge souvent durement pour ses réactions. L'autre culpabilise lorsqu'il s'éloigne, se sent observé, parfois moins libre, puis ne sait plus quoi dire pour apaiser. On abandonne alors les soirées séparées, on écourte les déplacements ou l'on prévoit de téléphoner à un horaire précis. Cela soulage sur le moment, mais entretient l'idée qu'être loin représente un danger : la peur se renforce.

Cette angoisse se distingue de la relation fusionnelle, où la vie commune ne laisse plus d'espace à chacun. Ici, l'inquiétude porte sur l'éloignement lui-même et sur ce qui pourrait arriver à la personne aimée. Cette peur peut aussi concerner un parent ou son enfant, sans dimension amoureuse. Les deux difficultés peuvent être présentes ensemble, mais vivre l'une ne signifie pas forcément vivre l'autre.

La jalousie correspond encore à une autre inquiétude : être trompé, voir quelqu'un prendre sa place ou compter moins pour l'autre. Elle pousse à demander « Tu es avec qui ? », tandis que la peur de la séparation fait surtout redouter un malheur : « Est-ce que tu vas bien ? ». On peut donc réclamer des nouvelles de façon semblable sans chercher à apaiser la même crainte. Le texte sur l'attachement amoureux aide à comprendre ces réactions selon la manière dont chacun trouve un appui auprès de l'autre.

Le conjoint n'a pas à devenir thérapeute. Reconnaître cette souffrance n'oblige pas à organiser toute la vie commune en fonction d'elle. Il peut plutôt encourager la recherche d'une aide que chercher sans cesse de nouvelles façons de rassurer.

Et chez l'enfant : quelques repères pour les parents

Une certaine peur de la séparation accompagne le développement du petit enfant. Cela peut se manifester par des pleurs à la crèche, un endormissement difficile sans un parent ou la recherche d'un objet familier. Elle diminue généralement avec le temps, lorsque les absences restent brèves, qu'on les annonce et que les retrouvailles sont fiables. Si elle dure, augmente, empêche la scolarité ou s'associe à des plaintes physiques récurrentes, un avis est indiqué.

Je reçois seulement des adultes. Je peux toutefois aider un parent inquiet ou démuni, ou qui retrouve son histoire dans les craintes de son enfant. L'article sur l'accompagnement à la parentalité présente ce soutien. Pour l'enfant, les relais possibles sont son médecin traitant, le pédiatre, l'école, un CMP, un CMPP, une Maison des adolescents selon l'âge, ou un pédopsychiatre.

Se soigner : les approches qui aident

La thérapie cognitive et comportementale aide à repérer les pensées catastrophiques liées aux départs, puis à vérifier si elles se confirment. On réduit aussi progressivement ce qui nourrit la peur : appeler sans cesse ou éviter de se séparer. On essaie ensuite de supporter l’éloignement par étapes accessibles, pour constater que l’angoisse augmente avant de s’apaiser.

L’approche psychodynamique cherche ce que chaque départ peut réveiller : pertes anciennes, deuils inachevés, loyautés familiales. Travailler sur l’attachement aide à construire un sentiment de sécurité en soi, sans dépendre entièrement d’un proche physiquement présent. Lorsque cette peur occupe beaucoup de place entre conjoints, quelques rendez-vous ensemble peuvent compléter l’accompagnement individuel. Face à une anxiété très intense, un médecin peut évaluer l’intérêt d’un traitement.

Psychologue clinicien, je suis inscrit au RPPS. Ma pratique est intégrative, psychodynamique et systémique ; je porte une attention spécifique aux liens ainsi qu’aux traumatismes. Je reçois en téléconsultation, ou au téléphone, des adultes ainsi que des couples ; cela évite souvent d’organiser un déplacement pour commencer. Je ne promets aucun résultat en quelques semaines face à une peur ancienne ; je propose d’en comprendre le sens et de réduire sa place, à votre rythme. Un premier échange se demande librement depuis la page contact, tandis que les renseignements pratiques figurent dans la rubrique tarifs.

En cas d'urgence : si la peur de perdre quelqu'un, ou une perte réelle, s'accompagne d'idées de mort ou de suicide, appelez le 3114, numéro national de prévention du suicide, gratuit et joignable à toute heure, y compris si vous cherchez à aider un proche. En cas de danger immédiat, composez le 15 ou le 112. Le cabinet n'est pas un service d'urgence.

Questions fréquentes

L'angoisse de séparation existe-t-elle chez l'adulte ?

Oui, le trouble anxiété de séparation chez l'adulte figure explicitement dans le DSM-5 depuis 2013. Un début pendant l'enfance n'est plus nécessaire pour le reconnaître. Il peut apparaître tardivement, souvent à la suite d'une perte ou d'un changement de vie, ou prolonger une peur antérieure.

Quels sont les signes de l'angoisse de séparation chez l'adulte ?

Les signes comprennent une peur répétée qu’il arrive malheur à un proche et beaucoup de mal à le laisser s’éloigner ou rester seul. Le besoin de nouvelles devient incessant. Un sommeil perturbé ou des cauchemars où l’on perd ce proche, ainsi que des malaises lors des départs, peuvent aussi apparaître. Leur durée et leurs effets au quotidien comptent avant tout.

Pourquoi ai-je peur qu'il arrive malheur à mes proches ?

Cette peur vient souvent d’expériences qui ont associé l’absence au risque d’un malheur : deuil, maladie ou départs imprévisibles pendant l’enfance. La fatigue ou les bouleversements peuvent renforcer cette vigilance. Parler de cette inquiétude aide à en comprendre la source et à en être moins prisonnier.

L'angoisse de séparation se soigne-t-elle ?

Oui, l’angoisse de séparation peut se travailler en thérapie. Les thérapies comportementales et cognitives, une approche psychodynamique et un travail autour de l’attachement aident à apaiser la peur pour retrouver plus de liberté. Le parcours dépend de chacun et de son histoire. Si nécessaire, un médecin peut apporter une aide complémentaire au suivi psychologique.

Comment aider un enfant qui a peur de la séparation ?

Pour aider l’enfant, on peut préparer chaque départ, le prévenir clairement, respecter l’heure de retour annoncée et ne pas partir en secret. Si cette peur persiste ou gêne son quotidien, parlez-en avec son médecin ou l’équipe de l’école. Le parent peut, lui aussi, trouver du soutien auprès d’un psychologue.

Pour aller plus loin : quelques lectures

Quelques lectures pour approfondir le sujet, si vous le souhaitez. Elles ne remplacent pas un échange avec un professionnel.

  • American Psychiatric Association. (2015). DSM-5 : manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (5e éd.). Elsevier Masson. (Œuvre originale publiée en 2013)
  • Shear, K., Jin, R., Ruscio, A. M., Walters, E. E., & Kessler, R. C. (2006). Prevalence and correlates of estimated DSM-IV child and adult separation anxiety disorder in the National Comorbidity Survey Replication. American Journal of Psychiatry, 163(6), 1074-1083. https://doi.org/10.1176/ajp.2006.163.6.1074
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