Trouble anxieux généralisé : traitement et prise en charge
Depuis longtemps, tout devient source de souci : la santé des proches, les questions d’argent, le travail ou un message auquel personne ne répond. Les préoccupations s’enchaînent, la tension s’apaise rarement et le corps demeure crispé le soir : quand cela occupe presque chaque journée pendant des mois, on parle d’un trouble anxieux généralisé, souvent appelé TAG. Il ne s’agit pas ici d’en détailler la définition. Dans le traitement du trouble anxieux généralisé, il est souvent préférable de chercher ce qui pèse le plus chez vous afin de savoir quand apaiser d’abord un symptôme, et quand travailler la question du sens pour cette problématique.
Reconnaître un trouble anxieux généralisé chez l’adulte
On reconnaît un trouble anxieux généralisé à des soucis durables et étendus, davantage qu’à la force d’une peur. Les préoccupations touchent plusieurs aspects du quotidien et semblent difficiles à interrompre. Elles s’accompagnent de fatigue, de muscles tendus, d’un sommeil agité, d’irritabilité et de difficultés de concentration. Les classifications fixent un seuil minimal de six mois.
Beaucoup décrivent un fond sonore continu, plutôt que des crises. Une angoisse qui monte par vagues soudaines correspond plus souvent à des crises d’angoisse, que j’aborde dans mon article sur l’angoisse et ce qu’elle dit de nous. Pour poser un diagnostic, une liste consultée sur internet ne suffit pas : il faut un entretien qui prenne en compte votre parcours et votre santé.
Les premières séances : évaluer ce qui domine
Dans la prise en charge du trouble anxieux généralisé, les premiers échanges servent à repérer ce qui rend le quotidien difficile. Pour certains, un symptôme bouleverse la journée : les pensées inquiètes commencent au réveil et la tension rend le travail impossible. La nuit n’apporte plus de repos, et être disponible pour ses proches devient compliqué. Pour d’autres, cette anxiété précède les manifestations actuelles : elle marque la manière de vivre et s’inscrit dans une histoire personnelle. On se demande alors : « Pourquoi suis-je comme cela ? À quoi me sert d’être toujours sur mes gardes ? »
Ces deux situations se croisent souvent ; les entretiens aident à faire la part de chacune. On examine ce qui réveille l’inquiétude, les façons de l’apaiser et ce qu’elle fait perdre au quotidien. On revient aussi sur votre parcours, vos relations et les périodes où la peur s’est installée. Ce repérage guide ensuite le choix thérapeutique. Aucune thérapie du TAG ne convient à tous : selon la difficulté dominante, une façon de commencer le travail sera plus utile qu’une autre.
Quand il faut d’abord désarmer le symptôme : l’approche cognitivo-comportementale et l’EMDR
Si un symptôme envahit votre quotidien, on cherche d’abord à le désamorcer, sans attendre de tout comprendre. Les recommandations internationales, dont celles publiées par le NICE britannique, retiennent la thérapie cognitive et comportementale parmi les soins proposés en première intention pour le TAG. On repère les pensées anxieuses qui s’enchaînent et ce qu’elles coûtent, puis on réduit progressivement les habitudes qui les entretiennent involontairement : vérifier, chercher à être rassuré, prévoir chaque détail, éviter. Ce travail donne une place centrale à l’intolérance à l’incertitude : cette difficulté à accepter de ne pas connaître l’avenir, que l’inquiétude tente constamment de combler. Beaucoup vivent l’inquiétude comme une protection ; questionner cette conviction ouvre souvent une première possibilité de changement.
L’EMDR, dont je détaille le cadre sur la page thérapie EMDR, ne constitue pas la référence pour le TAG : les recommandations l’indiquent surtout face au stress post-traumatique. Elle est utile lorsque l’anxiété reste attachée à certains souvenirs ou événements précis, encore vifs : un accident, l’annonce brutale d’une maladie ou une perte. Revenir sur ces souvenirs peut diminuer ce qui nourrit la peur actuelle.
Cette première étape ne vise pas l’absence de toute inquiétude, un objectif illusoire, mais davantage de liberté pour vivre, retrouver le sommeil et penser. On prête aussi attention au corps. Reconnaître quand la tension augmente, puis apprendre à la faire retomber, permet de retrouver l’expérience d’un apaisement possible.
Quand l’anxiété porte une question de sens : le travail psychodynamique
Lorsque l’anxiété prend racine dans l’histoire personnelle, comprendre ce qu’elle signifie compte parfois davantage que s’occuper du symptôme. On reste ainsi sur ses gardes parce qu’on a dû, très jeune, s’occuper d’un parent vulnérable. On prévoit tout parce que rien ne semblait garantir la sécurité, ou on craint pour autrui plutôt que d’écouter ses propres émotions. Le travail psychodynamique convient mieux à ces situations : on cherche la protection qu’apporte l’inquiétude, ce qu’elle reproduit et les émotions qu’elle écarte.
Il s’agit de relier votre parcours à vos inquiétudes d’aujourd’hui. Le but n’est pas d’accuser quelqu’un dans le passé, mais de comprendre pourquoi certaines circonstances déclenchent une alerte trop forte. Une psychothérapie brève d’orientation psychodynamique a aussi été étudiée pour un trouble anxieux généralisé, comme la thérapie cognitive et comportementale. Si l’inquiétude concerne surtout le lien à l’autre, la crainte qu’il s’en aille ou subisse un malheur, elle rejoint parfois l’angoisse de séparation chez l’adulte, abordée selon cette même démarche.
Passer d’une approche à l’autre au fil du suivi
Les deux approches peuvent se compléter au cours du suivi. Quand les symptômes débordent, retrouver un apaisement peut donner envie de comprendre l’origine de l’inquiétude : le sens prend alors davantage de place. Inversement, explorer son histoire peut devenir difficile lorsqu’un symptôme occupe tout, ce qui conduit à privilégier des moyens plus directs. Des échanges réguliers sur les changements permettent de choisir avec vous comment poursuivre, sans appliquer un protocole décidé une fois pour toutes.
Le TAG touche souvent aussi l’entourage. À force de rassurer, un conjoint peut finir épuisé, ou se décourager puis prendre ses distances. Quand un proche est témoin d’une montée d’angoisse, quelques repères simples sont proposés dans les erreurs à éviter face à une crise d’angoisse.
Avec le médecin traitant ou le psychiatre
Pour un trouble anxieux généralisé, un médicament peut être proposé par un médecin traitant ou un psychiatre, selon la sévérité des symptômes et la situation. Cette prescription relève uniquement de ces médecins : le psychologue ne peut ni prescrire ni conseiller de médicament. Médicaments et psychothérapie s’associent souvent. Si vous suivez déjà ce traitement, commencer une thérapie ne demande pas de l’interrompre : ce point se discute avec le prescripteur.
Un avis médical est aussi nécessaire avant une psychothérapie ou en complément, face à des manifestations corporelles nouvelles : vertiges ou palpitations. Il sert à écarter une cause physique. Une humeur très sombre, ou le recours à l’alcool ou aux médicaments pour tenir, demandent aussi cet avis. Le médecin traitant, qui connaît votre état de santé, peut proposer de rencontrer un psychiatre si nécessaire.
Consulter en ligne pour un TAG
La consultation à distance convient à de nombreuses personnes anxieuses. Elle évite un déplacement potentiellement inquiétant et permet de commencer dans un endroit rassurant. J’accueille des adultes en consultation, au cabinet et surtout en ligne ; nous choisissons ensemble ce qui aide à parler librement. Les pages psychothérapie de l’adulte et ce que fait un psychologue clinicien apportent des précisions complémentaires.
En tant que psychologue clinicien, je figure au RPPS. Face à une inquiétude ancienne, je ne garantis aucun résultat après un nombre prédéfini de séances ; je propose de chercher avec vous le point de départ le plus utile, puis de poursuivre en respectant votre rythme. La page contact permet de demander librement un premier échange ; la rubrique tarifs donne les informations pratiques.
En cas d’urgence : si l’anxiété s’accompagne d’idées de mort ou de suicide, appelez le 3114, numéro national de prévention du suicide, gratuit et joignable à toute heure, y compris si vous cherchez à aider un proche. En cas de danger immédiat, composez le 15 ou le 112. Le cabinet n’est pas un service d’urgence.
Questions fréquentes
Combien de séances faut-il pour traiter un TAG ?
Le nombre de séances nécessaires varie d’une personne à l’autre. Le rythme du suivi dépend de la force des symptômes, de leur date d’apparition et de ce que votre histoire met en jeu. Mieux vaut regarder régulièrement ce qui évolue que décider dès le départ combien de temps durera l’accompagnement.
TCC ou approche psychodynamique pour un trouble anxieux généralisé ?
La thérapie cognitive et comportementale et l'EMDR reste les plus étudiées et recommandées lorsque les symptômes sont d'emblée invalidant ; la psychothérapie psychodynamique est tout à fait pertinente une fois les symptômes stabilisés. On choisit selon ce qui prend le dessus. S’agit-il d’apaiser un symptôme en priorité, ou de comprendre le sens que prend l’anxiété ?
Faut-il prendre un médicament ou faire une thérapie ?
Médicament et psychothérapie sont à envisager ensemble, la décision concernant un médicament appartient au médecin, selon votre situation. Une thérapie peut débuter avec ou sans médicament. Beaucoup de personnes trouvent un bénéfice à associer les deux pendant une période.
Faut-il un diagnostic avant de consulter un psychologue ?
Un diagnostic n’est pas nécessaire pour consulter quand l’inquiétude devient pesante. Vous pouvez venir sans savoir si elle correspond au trouble anxieux généralisé. L’échange permet de comprendre la situation et, lorsqu’un avis médical semble utile, de vous adresser à un médecin.
Pour aller plus loin : quelques lectures
Quelques lectures pour approfondir le sujet, si vous le souhaitez. Elles ne remplacent pas un échange avec un professionnel.
- National Institute for Health and Care Excellence (2011, mis à jour en 2020). Generalised anxiety disorder and panic disorder in adults: management (Clinical guideline CG113). https://www.nice.org.uk/guidance/cg113
- Dugas, M. J., & Robichaud, M. (2007). Cognitive-behavioral treatment for generalized anxiety disorder: From science to practice. Routledge.
- Leichsenring, F., Salzer, S., Jaeger, U., Kächele, H., Kreische, R., Leweke, F., Rüger, U., Winkelbach, C., & Leibing, E. (2009). Short-term psychodynamic psychotherapy and cognitive-behavioral therapy in generalized anxiety disorder: A randomized, controlled trial. American Journal of Psychiatry, 166(8), 875-881. https://doi.org/10.1176/appi.ajp.2009.09030441